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Lumière sur le Programme Cap sur la famille

Lumière sur ...

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Entrevue avec Myriam Laventure 

Professeure titulaire au département des sciences de la santé communautaire de l’Université de Sherbrooke.
Chercheure régulière au Groupe de Recherche et d’Intervention sur les substances psychoactives – Québec (RISQ) et à l’Institut Universitaire sur les Dépendance (IUD) du CIUSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.
 

IUD : Bonjour Madame Laventure. Dans un premier temps, pourriez-vous nous parler du programme Cap sur la famille?

Myriam Laventure : En fait Cap sur la famille est un programme d’entrainement aux habiletés parentales (PEHP). Il a été développé spécifiquement pour les familles qui comprennent des enfants âgés entre 6 et 12 ans dont au moins un parent présentent une dépendance à l’alcool ou aux drogues. Plusieurs types de PEHP existent, mais la spécificité du programme Cap sur la famille est vraiment qu’il s’adresse uniquement à une clientèle dont le parent présente une dépendance.

L’objectif principal du programme Cap sur la famille, le but ultime en fait, est de diminuer l’impact de la dépendance parentale sur le fonctionnement de la famille et sur l’enfant. Pour ce faire, nous visons l’amélioration des pratiques éducatives, des compétences parentales et de la communication familiale. Évidemment, lors des rencontres, nous demandons aux parents de ne pas avoir consommé, mais le programme ne vise pas à discuter des objectifs de consommation du parent. 

IUD : Donc le Cap sur la famille ne vise pas l’abstinence des parents? 

M. L. : Pas du tout. Nous sommes d’abord et avant tout dans une approche globale de réduction des méfaits. 

Aussi, notre façon d’animer le programme s’inscrit dans une approche collaborative, c’est-à-dire que le parent est l’expert de sa situation.

Nous ne nous positionnons pas en tant que personnes détenant toutes les réponses. Lorsque nous discutons avec les parents, nous leur demandons toujours comment eux voient la situation, comment eux peuvent intégrer certains changements au sein de leur famille. Parce que c’est une chose de dire qu’il faut passer plus de temps avec son enfant, mais c'est une autre de le faire… Chaque situation est différente. 

Une autre approche que nous utilisons est l’approche psychoéducative. Donc, plutôt que de mettre l’accent seulement sur le fait d’expliquer les choses, nous allons faire vivre les choses aux familles. Il y a donc beaucoup d’activités dans le programme Cap sur la famille, que ce soit pour les parents, les enfants ou la famille. 

Le programme est fait de sorte que durant la première heure, les parents et les enfants sont rencontrés séparément. Lors de la deuxième heure, la famille est réunie. Nous tentons alors de mettre en pratique ce qui a été appris dans la première heure. 

IUD : Pouvez-vous nous parler des personnes qui travaillent au sein du programme Cap sur la famille?

M. L. : Oui, et je veux vraiment mentionner le travail extraordinaire des intervenants qui travaillent avec nous. 

C’est vraiment grâce à eux que le programme a été rendu possible.

Je travaille depuis 2008 sur des PEHP en dépendance et certains d’entre eux m’accompagnent depuis le tout début. En plus des intervenants, il y a bien sûr les chefs de service, les coordonnateurs cliniques et bien d’autres personnes encore qui croient au programme et qui l’implantent dans leurs services. 

En fait, notre travail c’est de rendre disponible le programme, le matériel, la formation et la supervision. Tout le reste, comme le recrutement et la création de partenariats, est réalisé par les milieux de pratique. Si un milieu de pratique crée un partenariat avec, par exemple, une Maison de la famille, nous allons les soutenir à ce niveau, mais c’est quand même eux qui vont mettre le programme en place. 

Il ne faut pas oublier que toutes ces personnes colligent très généreusement des données auprès des parents et des intervenants qui vont servir à la recherche, avant, pendant  et après le programme. 

IUD : Dans le contexte actuel lié à la pandémie de COVID-19, avez-vous eu à repenser ou à modifier la formule des activités du programme Cap sur la famille?

M. L. : En effet, nous avons repensé la formule, mais nous sommes restés prudents. Ce que nous avons fait pour la première cohorte virtuelle, c’est que nous avons pris uniquement le groupe des parents. Nous avons regardé parmi les activités que nous avions avec eux, lesquelles pouvaient être reprises en mode virtuel. Nous avons aussi quelque peu réduit le matériel en prenant soin de conserver les éléments qui ont le plus d’impact sur les objectifs visés par le programme. 

Pour le moment, en mode virtuel, nous ne rencontrons pas les enfants et ne réalisons pas la portion réunissant la famille, mais nous en avons eu la demande. C’est pourquoi nous évaluons la possibilité d’offrir trois ou quatre rencontres aux enfants de 6 à 12 ans des parents qui suivent le programme.

IUD : En ce qui concerne la motivation des participants au programme Cap sur la famille, remarquez-vous des différences entre la participation en mode virtuel et la participation en présentiel? 

M. L. : Nous nous sommes en effet demandé si cela allait avoir un impact sur la motivation des participants. Mais pour l’instant, nous sommes vraiment heureux de voir que tous les parents qui ont levé la main au mois de septembre pour participer au programme virtuel sont toujours là après huit rencontres. 

Les parents nous ont aussi rapporté les avantages d’avoir des rencontres en mode virtuel. Par exemple, certains ont des moyens de transport limités, donc éliminer les déplacements est pour plusieurs un avantage. Le mode virtuel permet aussi d’offrir le programme aux populations de plus petites régions pour qui former un groupe n’aurait pas été possible. Il y a aussi la notion de confidentialité. Dans certaines petites villes, ou certains petits villages, les gens se connaissent presque tous et, pour cette raison, les rencontres de groupe sont moins attrayantes. En mode virtuel, des parents de différentes régions du Québec se retrouvent dans le même groupe. Il est donc moins probable qu’ils se croisent à l’épicerie ou que l’un connaisse le beau-frère de l’autre. À notre avis, ces trois aspects favorisent grandement l’accès au programme ainsi que la participation des parents.

IUD : Pour les intervenants en dépendance et les centres de traitements de la dépendance qui souhaiteraient offrir le programme Cap sur la famille, existe-t-il une formation?

M. L. : Oui. À partir du mois de mars 2021, la formation pour le programme Cap sur la famille sera entièrement autoportante et gratuite. Il s’agit d’une formation de 14 heures qui s’offrira intégralement en ligne. La formation comportera trois volets, soit les volets du programme en mode présentiel, en mode virtuel et bientôt, le volet adapté pour les populations autochtones en anglais et en français. Elle peut être offerte aux organismes gouvernementaux, communautaires et privés.
 

Il sera possible de trouver tout le matériel de formation en ligne dès le mois de mars 2021 sur le site Web de Cap sur la famille.