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Virtu-A

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Destiné aux intervenant.e.s et aux clinicien.ne.s, Virtu-A est un modèle de traitement « manualisé » qui s’adresse aux jeunes adultes de 15 à 25 ans présentant un trouble d’utilisation problématique d’Internet (UPI), principalement en lien les jeux vidéo et les médias sociaux.

Entrevue avec
Magali Dufour, Ph. D.

Chercheure régulière, IUD
Professeure agrégée, Département de psychologie, Université du Québec à Montréal

IUD : Bonjour Mme Dufour. Tout d’abord, pourriez-vous nous dire ce qu’est Virtu-A ?

Magali Dufour : Virtu-A est ce que nous pouvons appeler un modèle de traitement « manualisé » conçu pour les jeunes adultes de 15 à 25 ans qui présentent un trouble d’utilisation problématique d’Internet (UPI). Il s’agit donc d’un manuel de traitement qui pourra être utilisé par les intervenant.e.s en huit séances de traitements. Ce manuel trace aussi les grandes lignes des éléments qui devraient être abordés lors d’une intervention auprès d’une personne présentant un trouble d'UPI. 

Lors de l’élaboration du manuel, nous avons aussi tenu compte de troubles particuliers. Par exemple, si vous intervenez auprès d’une personne pour qui les jeux vidéo sont problématiques, ou auprès d’une personne qui utilise les réseaux sociaux de manière compulsive, les séances du manuel seront adaptées à ces réalités. 

IUD : Lorsque vous parlez d’UPI, pourriez-vous nous dire ce que cela comprend ?

M. D. : Lorsque nous parlons d’UPI, nous faisons référence aux jeunes qui viennent nous demander de l’aide parce qu’ils ont perdu le contrôle d’une des applications d’Internet, mais nous travaillons principalement avec des adeptes de jeux vidéo.

Lorsque nous avons fait l’étude Virtuado en 2014-2015, nous avons constaté que c’était surtout des gamers qui venaient demander de l’aide. À cette époque, les réseaux sociaux étaient moins importants, mais les jeunes qui présentaient une difficulté à ce chapitre étaient aussi représentés dans cette étude.   

Avec Virtu-A, nous allons donc nous intéresser principalement à ces deux grands types d’applications : les jeux vidéo et les médias sociaux. Ce qui ne pourra être traité avec Virtu-A, ce sont par exemple les troubles de jeux de hasard et d’argent (JHA) sur Internet ou les troubles liés aux applications pornographiques. Dans le cas des jeux de hasard et d’argent sur Internet, il s’agit d’un trouble qui entre dans la catégorie des JHA et qui demande un tout autre traitement. En ce qui a trait aux troubles en lien avec les applications pornographiques, c’est une problématique davantage liée à la sexualité, et le traitement Virtu-A n’a pas été pensé en fonction de cet aspect.

IUD : Pourriez-vous nous parler du processus de développement de Virtu-A ?

M. D. : Nous avons commencé à penser à développer le programme de traitement Virtu-A il y a quelques années, à la suite de nos précédents travaux auprès des adultes qui demandent de l’aide. Louise Nadeau, Sylvie Gagnon et moi-même avons beaucoup aimé traiter de ce sujet. C’est pourquoi, par la suite, nous avons souhaité explorer la problématique du côté des jeunes. Les clinicien.ne.s étaient aussi très enthousiastes et nous demandaient de développer un programme de traitement pour les jeunes. 

Puis, grâce à une subvention du ministère de la Santé et des Services sociaux, nous avons pu entreprendre le développement de Virtu-A en nous appuyant sur les meilleures pratiques.

Nous avons notamment formé un groupe d’experts composé de cliniciens, d’étudiants en formation pour devenir des cliniciens en plus d’utilisateurs experts. Un groupe d’experts à l’échelle internationale provenant de la France et de la Suisse a aussi été mis sur pied.

Toutes ces personnes ont été impliquées dès le début du processus. D’ailleurs, elles sont toujours présentes afin de contribuer au développement et à la révision des modules de Virtu-A. 

IUD : Pouvez-vous nous parler de l’implantation de Virtu-A au Québec ? 

M. D. : Nous allons d’abord procéder à une implantation bêta afin de voir si le programme est efficace. Pour ce faire, nous espérons être en mesure d’entreprendre la formation des intervenant.e.s dès le mois de septembre et de commencer l’évaluation du programme au cours du mois d’octobre.

Virtu-A sera alors testé auprès d’une trentaine de jeunes sur une période de trois mois. Cela nous permettra de consulter les jeunes et les intervenant.e.s afin de connaître ce qui, selon eux, fonctionne bien ou moins bien. Suivant ces commentaires, des améliorations seront apportées, et la nouvelle version de Virtu-A sera offerte gratuitement à tous les intervenant.e.s, qu’ils ou elles proviennent du réseau public ou du milieu communautaire.

IUD : Croyez-vous que Virtu-A pourrait éventuellement être déployé à l’étranger ? 

M. D. : C’est un grand rêve que nous avons. En effet, nous souhaitons que d’autres pays utilisent et adoptent notre matériel. Nous travaillons déjà avec Lucia Romo Desprez de l’Université Paris Nanterre, qui pourrait peut-être développer un projet pilote. La Suisse pourrait également être intéressée. Nous verrons ce qu’ils en pensent et si Virtu-A peut convenir à leur réalité. 

Nous espérons vraiment qu’il s’agit d’un premier pas en ce sens et qu’il y aura peut-être, un jour, un déploiement à plus grande échelle, ailleurs qu’au Québec. On se croise les doigts, qui sait ?

Pour plus de détails concernant Virtu-A, communiquez avec : 

Sylvie Gagnon
Agente de planification, de programmation et de recherche
CISSS de Lanaudière
Sylvie-R.Gagnon@ssss.gouv.qc.ca 

Ou 

Catherine Gatineau 
Coordonnatrice de l’étude 
Candidate au doctorat en psychologie à l’UQAM
gatineau.catherine@courrier.uqam.ca
Entrevue réalisée par Geneviève Fortin, agente d’information et de transfert de connaissances, IUD